Abstracts

Abstracts
from Labour/Le Travail 13, Spring 1984


1919: The Canadian Labour Revolt

Gregory S. Kealey

THIS ESSAY ATTEMPTS to place Canadian workers' 1919 militancy in a national and international context. Utilizing freshly compilied strike data and focusing on events outside of Winnipeg, the paper argues that the 1919 revolt was nation-wide and part of the international post-war revolutionary upsurge. The new prominence of women and immigrant workers, reflecting the drive for industrial unionism, is emphasized.

CET ARTICLE TENTE de siteur le militantisme des travailleurs canadiens en 1919 dans le contexte national et international. Grâce à des statistiques compilées récemment sur le niveau de gréve et en tenant compte d'événements survenus à l'extérieur de Winnipeg, l'auteur soutient que la révolte de 1919 a touché tout le Canada et fait partie d'une poussée révolutionnaire internationale d'après-guerre. L'article s'attarde aussi un rôle de premier plan qu'ont joué les femmes et les travailleurs immigrants, ce qui s'inscrit dans un mouvement vers le syndicalisme industriel.

Labourism and the Canadian Working Class

Craig Heron

BETWEEN 1880 AND 1920 THE DOMINANT ideology of independent working-class politics east of the Rockies was labourism, a brand of reformism which resembled but remained distinct from other ideological currents on the Canadian left. It was the political expression of skilled workers, who set out to win over wider support in the working class. It remained, in essence, a form of working-class liberalism, which had existed as Radicalism on the left wing of the Liberal Party but which took on an independant life in Canadian politics as industrial conflict heated up. For a brief period at the end of World War I, labourists allied with Marxist and ethical socialists to produce the visionary political dimension in the unprecedented post-war upsurge of the Canadian working class. The political movement and its ideology quickly declined in the early 1920s, however, along with the craftsworkers who had propelled it for half a century.

ENTRE 1880 ET 1920, LE COURANT IDÉOLOGIQUE dominant de l'action politique de la classe ouvrière à l'est des Rocheuses fut le travaillisme, un courant réformiste qui, quoiqu'il ressemble à d'autres courants idéologiques de la gauche canadienne, n'en reste pas moins différent. Il est l'expression politique des travailleurs de métiers qui chercent à gagner le support de l'ensemble de la classe ouvrière. Il reste, en essence, une variété du libéralisme qui a animé la classe ouvrière et qui est présent aussi comme group radical parmi l'aile gauche du Parti libéral. Mais à mesure que les conflits industriels ont pris de l'ampleur, ce courant s'est affirmé comme mouvement autonome en politique canadienne. Pour une brève période, à la fin de la Première Guerre, les travaillistes se sont ralliés aux marxistes et aux socialistes utopiques. Ils ont élaboré un projet politique d'avenir à un moment où la classe ouvrière a connu une pousée révolutionnaire sans précédent. Cependant, ce mouvement politique et son idéologie ont décliné rapidement au début des années vingt, tout comme les ouvriers de méier qui l'aninmaient depuis un demi siècle.

Candian Socialism and the Woman Question 1900-1914

Linda Kealey

THIS PAPER EXAMINES WOMEN in the Candian socialist movement to illuminate their role within the institutional life of the movement and to analyze the ideological dimensions of the woman question before 1914. Socialist adherence to the primacy of woman's role in the home and to the family wage ideal, as well as their ambivalence toward working women, and an undeveloped vision of woman's role under socialism - all served to reinforce a secondary role for women in socialist organizations. Suspicion of bourgeois women's organizations and of autonomous women's groups generally, hampered socialist women from assuming leadership roles with some notable exceptions. While socialist analysis pointed to the exploitation of the women as both workers and wives and mothers, women's issues and organizations remained peripheral and subordinate to the main task of overthrowing capitalism.

L'ARTCILE PORTE SUR LES FEMMES dans le mouvement socialiste canadien; il vise à analyser leur rôle à l'intérieur du mouvement et à étudier la dimension idéologique des questions féminines avant 1914. L'adhésion des socialistes à l'idée que le rôle de la femme se situe d'abord à la maison et à l'idéal du salaire familial, aussi bien que leur ambivalence à l'égard du travail des femmes et le peu d'intérêt porté au rôle de la femme dans la société socialiste - tous ces éléments renforcent le rôle de la femme dans les organisations socialistes. Leur méfiance envers les associations de femmes bourgeoises et les groupes autonomes de femmes empêche généralement les femmes socialistes, à peu d'exceptions près, d'assumer un rôle de leadership. Quoique les travaux des socialistes mettent en relief l'exploitation des femmes comme travailleuses, épouses et mères, les questions féminines restent marginales et subordonnées à l'objectif principal, soit le renversement du capitalisme.

Revolutionary Socialism and Industrial Unrest in the Era of the Winnipeg General Strike: The Origins of Communist Labour Unionism in Europe and North America

Larry Peterson

THIS PAPER EXPLORES, from a comparative perspective, the industrial unrest of the years 1917-20 and the role of revolutionary socialists in it. It argues that both industrial militants and left-wing socialists re-evaluated their positions because of their experiences in this period and sought, from different perspectives, to formulate a new relationship between industrial and political forms of the worker struggle. They converged around 1920 in the founding of the Communist International, in which both leading industrial unionism and workers' control, industrial militants sought a political strategy to complement their previous emphasis on economic action. Left-wing socialists, for their part, sought a means in industrial action and organization. The two joined forces in the early years of the Communist International, thereby decisiveley transforming Marxist views of labour unions and industrial action while linking industrial militancy to a larger political movement. The success with which the Communists established themselves after 1920 as the leading radical force in the workers' movement, in both the labour union and political arenas, is in large part due to their incorporation on industrial action into the politics and organization of the Communist Party. Thus, although the industrial unrest of the World War I period subsided after 1920 without having achieved its major immidiate of long-term goals, the Communist Party inherited and then transformed its legacy.

L'ARTICLE EXPLORE DANS une perspective comparative l'agitation ouvrière des années 1917-20 et le rôle qu'y ont joué les révolutionnaires socialistes. L'auteur développe l'idée que les travailleurs militant en industrie et les socialistes de gauche ont réévalué leur stratégie suite aux événements survenus durant cette période. Ils ont cherché à concevoir, sous un angle différent, des rapports nouveaux entre les formes politiques et industrielles de la lutte ouvrière. Ils se sont retrouvés unis dans les années 1920 lors de la fondation de l'Internationale communiste, à laquelle participant les principaux travailleurs militant en industrie et des représentants de la gauche socialiste venant d'Europe et d'Amerique du Nord. Après l'échec ou la suspension de leur action vers le syndicalisme industriel et le contrôle ouvrier, les militants en industrie ont recherché une stratégie politique pour contrebalancer l'emphase qu'ils avaient mise sur l'action économique. Les socialistes de gauche pour leur part ont recherché les moyens d'influencer les travailleurs industriels; ils ont trouvé la solution dans l'organisation de ces travailleurs en syndicat. Ces deux groupes se sont unis dans les premières années de l'Internationale communiste pour transformer de façon significative les perspectives marxistes sur le syndicalisme et l'action en milieu industriel; d'autre part, ils ont lié le militantisme industriel à un mouvement politique plus large. Les succès remportés par les communistes après 1920 comme principale force radicale, tant dans le mouvement syndical que dans l'arène politique, sont reliés pour une large part à l'ajout de l'action industrielle à l'action politique et à l'organisation du Parti communiste. C'est pourquoi, même si l'agitation ouvrière de la Première Guerre n'a pas atteint ses principaux objectifs, le Parti communiste a hérité de cette action et a transformé cet héritage.

Immigrants, Industrial Unions, and Social Reconstruction in the United States, 1916-1923

David Montgomery

BETWEEN 1916 AND 1922 WORKERS in the United States participated in the longest and most intensive strike wave in the country's history. Four characteristics of the epoch's strikes help us understand the interaction between an emerging collectivist style of capitalism and workers' use of the strike weapon. First, individual strikes frequently closed an industry across the nation, or else precipitated city-wide sympathy strikes. Second, an aspiration for industrial unionism was evident in both official collaberation among craft unions and all-grades action by workers undertaken in defiance of their unions. Third, much of the strike activity was informed by a One Big Union myth, despite the lack of influence of either the IWW or the OBU. Fourth, immigrants were especially prominent among the strikers. The attraction of notions of workers' control to older immigrants and the power of nationalism among all immigrants shaped the goals and structures of unions and of strikers. Although no united working-class movement could congeal, let alone prevail, under these circumstances, a significant minority of highly politicized workers remained to make its presence felt in urban life after the strike wave had subsided.

DE 1916 À 1922, LES TRAVAILLEURS américains participent à la plus longue et la plus intense vague de grèves de l'histoire des États-Unis. Ces grèves comportent quatre caractéristiques qui nous éclairent sur les rapports entre l'émergence d'un style communautaire de capitalisme et le recours par les travailleurs à l'arme de la grève. Premièrement, des grèves localisées entraînent fréquemment la fermeture d'industries dans tout le pays, ou encore elles débouchent sur des grèves de sympathie dans des villes entières. En second lieu, le syndicalisme industriel suscite de l'intérêt, ce qui se traduit par la tendence des syndicats de métier à collaborer entre eux et par toutes sortes d'actions entreprises par des travailleurs à l'encontre de leurs syndicats. Troisièmement, le mythe de la "One Big Union" fascine beaucoup de grévistes malgré le peu d'influence de l'IWW et de l'OBU. Quatrièmement, des immigrants jouent un rôle majeur parmi les grévistes. Les plus vieux d'entre eux sont fascinés par l'idée de contrôle ouvrier alors que tous subissent l'influence du nationalisme qui moule les objectifs et les structures des syndicats et des grévistes. Quoique ces grèves ne peuvent déboucher sur l'unification de la classe ouvrière, un minorité significatif de travailleurs hautement politisés font sentir leur présence dans les villes mêmes après que la vague de grèves se soit terminée.

Toward Permanent Exceptionalism: Coercion and Consent in Canadian Industrial Relations

Leo Panitch and Donald Swartz

THIS PAPER ARGUES THAT we are witnessing the end of the era of free collective bargaining which began with the federal government's war-time order-in-council PC 1003. The era being closed is one in which the state and capital relied, more than before World War II, on obtaining the consent of workers generally, and unions in particular, to participate as subordinate actors in Canada's capitalist democracy. The era ahead marks a return, albeit in quite different conditions, to the state and capital relying more openly on coercion to secure that subordination. This is not to suggest that coercion was absent from the previous era or that it is about to become the only, or even always the dominant, factor in labour relations. Rather it is argued that there has been a change in the form in which coercion and consent are relating to one another, a change significant enough to demand a new era. In conclusion, we speculate on the character of labour relations in the foreseeable future.

L'ARTICLE DÉVELOPPE L'IDÉE que nous assistons à la fin de l'epoque de la "libre négociation collective," laquelle période commence avec la politique fédérale du temps de guerre et l'arrêté en conseil PC 1003. Durant ces années, l'État et le capital, plus qu'avant la Deuxième Guerre, se sont attachés à obtenir la collaboration des travailleurs en général, et des syndicats en particulier, pour ériger, en les utilisant comme acteur subalterne, la démocratie capitaliste. Les années qui suivent marquent le retour, bien que dans des circonstances différentes, à des méthodes où l'État et le capital recourrent plus ouvertement à la coercition pour imposer la subordination des travailleurs. Non pas que la coercition soit absente des période précédentes ou qu'elle est en passe de devenir maintenant le seul modèle d'intervention ou même le modèle prévalent constamment dans les relations de travail. Nous pensons plutôt qu'il y a changement dans les rapports qui relient la contrainte et le consentement et que cette modification est assez significative pour déboucher sur une ère nouvelle. En conclusion, nous nous interrogeons sur l'évolution des relations de travail dans un avenir prévisible.